Bois énergie vs bois d’œuvre : un débat souvent mal posé
La situation de la scierie Bourdaud met également en lumière un débat récurrent, parfois mal compris ou mal posé dans les sphères publiques : celui de la concurrence sur la ressource supposée entre bois énergie et bois d’œuvre. Le fait que l’entreprise Béma rachète la scierie Bourdaud pourrait même être vu comme une preuve de validation de cette théorie…
En savoir plus sur la reprise de Bourdaud par Béma
Il est fréquemment avancé que le développement du bois énergie (plaquettes, bûches, granulés) se ferait au détriment du bois d’œuvre ou des produits transformés, et qu’il conviendrait dès lors de réorienter les soutiens publics en réduisant les aides au bois énergie au profit des filières de transformation.
Cette lecture mérite d’être nuancée.
Comme expliqué plus haut le manque de débouchés pour les feuillus en produits transformés ne résulte pas d’un excès de bois énergie, mais plutôt d’un déficit de marchés.
Les gisements de BO et de BIBE sont toujours très différents dans leur qualité et donc leur valeur économique. Seul un fort déclassement en qualité – cité plus haut – justifierait un passage du BO au BIBE.
Ce déclassement se produit quand l’arbre à potentiel BO est effectivement dégradé et non pas quand l’exploitant forestier ne lui trouve pas de débouché BO, en général ils préfèrent attendre que le marché se développe.
Valoriser le bois d’œuvre des peuplements feuillus ne diminuera pas la quantité de bois énergie récoltée dans ces peuplements. Au contraire, récolter du bois d’œuvre amène toujours une production de bois énergie (houppier des arbres, grosses branches, tiges moins nobles puis connexes de scierie).
Le bois énergie constitue aussi un maillon essentiel de l’équilibre de la filière. Il permet de valoriser des bois de qualité secondaire, des connexes de scierie ou des produits d’éclaircie qui n’ont pas d’autre débouché. Sans cette valorisation, une partie de la ressource resterait sans marché. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a amené vingt-quatre scieurs et exploitants forestiers des Pays de la Loire à créer BEMA en 2007.
Enfin, il ne faut pas négliger que le bois énergie apporte une réponse concrète à des enjeux énergétiques majeurs : production d’une énergie renouvelable, locale, compétitive en coût, et contribuant à l’indépendance énergétique des territoires. Lorsqu’il s’inscrit dans une gestion forestière durable, il ne remet pas en cause le renouvellement de la ressource. Le carbone émis par les solutions d’énergie fossile n’a rien à voir avec le cycle du carbone biogénique lié au bois énergie qui est déjà dans le cycle de carbone terrestre.
La question n’est donc pas d’opposer les usages, mais bien de renforcer simultanément les débouchés du bois d’œuvre et la bonne articulation avec le bois énergie.
Le véritable enjeu réside dans notre capacité collective à :
- Développer des marchés attractifs pour les feuillus,
- Encourager l’innovation dans les produits et systèmes constructifs,
- Renforcer la prescription,
- Et mieux expliquer la complémentarité des usages du bois.
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